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« To The Bobs » (2004) - Patrick Molard & Alain Genty

Le matériel est là, le potentiel aussi, de la qualité de la basse fretless à celle du binioù en passant par le talent des deux instrumentistes. Et effectivement nous avons droit à des moments étonnants et jouissifs (tracks 1-4-8 et le magnifique numéro 5) où éclate leur travail fusionnel. Cela dit, quelques titres s’avèrent dispensables soit parce que le travail de groupe est minimaliste avec en particulier deux titres dépourvus de basse (!) soit par la monotonie des thèmes ou la rareté des arrangements.
Les incursions nombreuses de piobaireachd (musique « classique » pour cornemuse) sont osées et réussies comme l’excellent Port Urlar (track 8) magnifiquement arrangé : voilà en tout cas une manière aboutie d’introduire cette musique si spécifique auprès d'oreilles non averties.
Le travail de mix est assez inégal, en particulier au niveau de la cornemuse écossaise avec la basse : le duo manque souvent de cohérence dans l’espace sonore avec souvent le sentiment que la basse agit en faux lead.
A contrario, le rare duo binioù/basse est un modèle de fusion qui profite en partie de l’excellence de la cornemuse bretonne de P. Molard : un binioù parfaitement juste, équilibré, et doté d’un solide bourdon bien à sa place et qui sonne souvent plus fort que ceux de la cornemuse écossaise de cet album (ce qui n'est guère réaliste pour ces derniers).

Pour résumer, un mix mieux travaillé, des tracks construites autour de plusieurs airs qui s’enchaînent (et non d’une seule mélodie même si c’est souvent la réalité de la musique traditionnelle) auraient permis un album véritablement au top, grâce à la qualité mise sur la table.
Malgré cela et en dépit des années qui passent, cet album dédié aux maîtres de piobaireachd que furent Robert Brown & Robert Nicol (les deux Bobs…) demeure un bel opus à savourer comme un bon malt…

Ma sélection :

- Piper’s Dream - Fred Morrison (track 1) pour le son de basse fretless et la virtuosité (cornemuse) du second reel. Le jeu en duo est très intelligent, chaque partenaire à sa place,

- Gaelic Air (track 4) pour sa magnifique introduction à la basse solo dont la justesse est bluffante,

- Tonioù Evit Polig/Ton Bale Sant-Hern - Gavotten (track 5) pour son binioù parfait, ses airs superbes et sa qualité d'arrangements et de mix,

- Port-Urlar (track 8) pour son piobaireachd osé et original avec une basse qu'on n'attendait pas ici et qui nous offre un riff étonnant, complété par une ambiance électro réussie dans un mix enfin abouti.


PS : pas de video à vous proposer, les quelques exemplaires précédemment disponibles ayant été bloqués… Dommage mais il vous reste - ce que je recommande évidemment - à acheter l'album, à l'ancienne, avec travail de pochette, de set-list, explications des morceaux, graphisme, photos, etc… L'ayant acheté moi-même, j'en profite, à défaut de video, pour vous glisser la track 4 en tête de chapitre…

TO THE BOBS (2004) - ALAIN GENTY & PATRICK MOLARD

« Outlands » (2009) - Fred Morrison

Bien, je vais tenter de demeurer objectif : c'est toujours un exercice difficile lorqu'on connaît l'artiste en question.
Mais bon, let's go!
J'ai fait la connaissance de Fred Morrison en 2014 en Bretagne, pays qu'il affectionne particulièrement, presque autant que la région natale de son père, dans les Hébrides écossaises.
Cette rencontre fut aussi déterminante pour moi que celle de Titi le Digabel dans le registre de la musique bretonne.
Mais point de bombarde ou autres binioù ici, il est bien question de cornemuses écossaises dont Fred est un maître reconnu.

Cet album est centré - comme on pouvait sans douter - sur le charisme instrumental de Fred Morrison. Moyennant quoi, ce qui est évidemment une immense qualité au vu de son talent se révèle aussi un défaut presque majeur : les arrangements sont minimalistes et les autres musiciens sont relégués au second plan, mis à part le banjo qui en outre soutient souvent la comparaison technique.
Dommage car les talents de compositeur de Morrison sont eux aussi bien réels et la production aurait à mon goût dû orienter la galette vers des réponses au lead par d’autres instruments, d'autant qu'aucune voix chantée ne se fait entendre sur cet album.
Mis à part cela, ce dernier nous réserve quand même une surprise en creux constituée par la quasi-absence de l’instrument majeur de Fred, la cornemuse écossaise des Highlands! Il est certes difficile de jouer de cet instrument en groupe, en particulier à cause de sa tonalité et de sa puissance, mais on aurait apprécié un peu plus d'Écosse et un peu moins de Far-West (sic) : la couleur principale de cet opus nous renvoit effectivement dans l'Ouest américain, effet des thèmes, de leur jouage et aussi de quelques instruments (banjo, fiddle). Le bodhrán souvent présent est par contre en majeure partie sous-mixé et aurait permis de rehausser la couleur celtique de l'ensemble.
En contrepartie, nous pouvons entendre un magnifique Reelpipe et à plusieurs reprises également des low whistles qui sont les véritables (belles) surprises de l’album puisque Fred se révèle là encore un maître sur ces instruments; les interprétations aux whistles, qu'il s'agisse d'airs rapides ou lents, valent en particulier le détour.
Pour tout cela, les compos inspirées et les qualités instrumentales du lead, cet album vaut largement le coup d’être découvert…

Ma sélection :

- Train Journey North (track 1), premier titre énergique et un des rares où l'on pourra savourer la cornemuse des Highlands,

- Outlands (track 6) ou un hornpipe vitaminé avec Reelpipe et banjo,

- The Hard Drive (track 10), avec une prodigieuse montée en énergie jusqu'à la fin du titre et une démonstration technique au Reelpipe mais aussi au banjo,

- last but not least, Nameless (track 5), un morceau entièrement épuré, sans arrangements ni fioritures ni effets, juste un Low Whistle magnifiquement joué, tout en maîtrise et sensibilité.

Albums Musique Celtique Traditionnelle - 4

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Gaelic Air (trad. Scottish from Hebrids)