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« La Belle Enchantée » (2016) - Tri Yann

Les Trois Jean de Nantes, Jean-Louis Jossic, Jean-Paul Corbineau et Jean Chocun ont fondé le groupe en 1971. L’âge de la maturité et d’un seizième album paru en avril 2016.
J'éviterai l’habituel poncif qualifiant l’objet d’heureux mélange entre tradition et modernité...
Je n'évoquerai pas non plus la ridicule polémique au sujet de la pochette de l’album, que je vous laisse découvrir (ou pas) sur les toiles (de l’artiste et du web...).

L’album débute sur une note énergique un peu trompeuse (Far Away From Skye) car les deux morceaux suivants seront vite plus calmes. Avec la piste 4 (Sant Efflam Hag Ar Roue Arzur) on retrouve une belle couleur grâce en partie à des racines bretonnantes : certes, l’accent breton des Tri Yann paraît toujours aussi emprunté que dans les albums précédents mais la mélodie de ce cantique est magnifique, tout comme le duo bombarde et orgue qui clôt ce morceau.
Le titre suivant, La Bonne Fam Au Courti, est un retour en force vers les fondamentaux du son de ce groupe : les chants en kan ha diskan (chant et déchant, caractéristique du chant traditionnel breton) sont accrocheurs, les arrangements rock celtique efficaces sans être lourds et la danse bretonne solidement mise en valeur. Pour finir, la touche électro est très bien dosée et porte avec finesse ce morceau tubistique en diable.
Les pistes suivantes oscillent entre des mélodies moins inspirées, des voix qui ont perdu un peu de leur superbe pas toujours aidées par un mix manquant de clarté et de jolies perles comme The Velvet Otter (instrumental), un (discret) retour au protest song à tendance fantastique qui a toujours réussi au groupe avec Le Bal Des Morts-Vivants et le final façon bagad du morceau éponyme La Belle Enchantée avec sa superbe mélodie.
Bref, un album assez inégal manquant un peu d'instruments celtiques mais qui continue de servir le style et la légende du groupe.
Une galette à découvrir une dernière fois sur scène en décembre 2020, là où la palette des sons proposés viendra s’enrichir de la forte identité des Tri Yann et de leurs extravagants costumes!

Ma sélection :

- Sant Efflam Hag Ar Roue Arzur (track 4 ou 13) pour son duo orgue et bombarde, la voix de Corbineau; je préfère la track 13 et sa version en français,

- La Bonne Fam Au Courti (track 5) pour une marque de fabrique des Tri Yann, la danse bretonne (rond de Loudia) électrifiée; tube doté d'un très bon refrain, taillé pour la scène,

- Le Bal Des Morts-Vivants (track 8 - hanter dro) pour son texte fort bien écrit (conte); on aurait quand même aimé une bombarde et/ou une cornemuse en conclusion.


THUNDERSTRUCK (2003) - GORDON DUNCAN

« Thunderstruck » (2003) - Gordon Duncan

Bien, entendons-nous de suite, du point de vue de la technique de cornemuse écossaise, cet album est une véritable tuerie et il faudra plusieurs vies pour approcher le niveau de Mr Duncan.
Écossais et joueur de cornemuse (non, ce n'est pas un pléonasme!), Gordon Duncan (1964-2005) était sans doute le plus doué de sa génération, parfois désigné comme le « Jimmy Hendrix of bagpipe ».
Il a composé plus de cent morceaux et sorti trois albums : c’est son dernier opus édité sous le nom aguichant de Thunderstruck que je vous propose de commenter ici.
Bien sûr on se demande d’emblée ce que vient faire cette référence au morceau d’ouverture - mondialement célèbre - du douzième album studio des Australiens d’AC/DC? Va-t-on avoir affaire à un album de rock-fusion? À un album tribute?
En fait ni l’un ni l’autre…

Le morceau éponyme n’intervient d’ailleurs qu’en douzième position dans la track-list (!) et, hormis un démarrage et une conclusion qui nous placent bien dans le style du combo australien, n’a rien à voir avec un quelconque propos fusionnel mais plutôt avec une volonté de mettre en valeur l’extrême habilité et créativité techniques de piper Duncan…
Voilà bien la qualité et le défaut majeurs de ce disque qui manque cruellement de production : si « tribute » il y a il s’agit d’un hommage réalisé par Gordon Duncan et ceux qui l’ont enregistré à lui-même et à sa propre maestria.
De ce point de vue, nous ne sommes pas déçus : outre les spécialistes (conquis au préalable), le néophyte pourra être séduit par ce déluge virtuose de notes, cette maîtrise absolue de l’instrument (la cornemuse écossaise des Highlands) et du répertoire; pour ceux qui en doutent encore, l’album place cette cornemuse au rang des instruments de musique les plus élaborés et spectaculaires au monde. C’est déjà ça.
En revanche, pour un album du XXIème siècle, il manque cruellement d’une production de valeur, un peu comme si le piper était persuadé que seule sa technique suffirait. Mais la musique n’est pas que technique de doigts : il eut fallu aussi mieux travailler sur le son pour harmoniser les mixages, arranger un tant soit peu les morceaux et même mieux réfléchir à leur position dans l’album (trois suites de reels se succèdent dans la première moitié du disque); les présences épisodiques d’une guitare ou d’une caisse claire (seulement sur le dernier titre!) auraient dû permettre de varier la dynamique en rompant la linéarité technique.
Thunderstruck est donc un album qui trompe un peu sur la marchandise en oubliant d’aller chercher - autrement qu’avec ce titre racoleur - un public non spécialiste et qui ne demande qu’à être séduit par cet instrument du diable. Dommage.
Reste bien sûr le jeu fantastique de cet Angus Young de la cornemuse et si on veut bien oublier le reste, on pourra prendre un vrai plaisir à apprécier la maîtrise instrumentale, en particulier sur les nombreux reels et jigs qui posent un horizon technique indépassable. Si rock il y a c’est bien là qu’il faut le chercher, dans ces moments d’absolus.

Ma séléction :

- Three 2/4 Marches (track 1), plus conçu pour les spécialistes avec une remarquable démonstration de marches écossaises,

- The '98 Jig (track 2) pour sa guitare inventive, son break réussi, ses jigs majestueuses tant du point de vue du thème que du jeu bluffant et déconcertant de facilité apparente, son excellent final,

- The Belly Dancer (track 3) pour son intro de guitare acoustique, son intensité, le jeu magistral à la cornemuse,

- Lorient Mornings (track 8) sans doute inspiré par le Festival interceltique de Lorient, titre inspiré, très bien construit, arrangé et mixé, qui vient rompre par son originalité la linéarité de l'ensemble.

Allez, pour le plaisir je complète par le Thunderstruck des Boys…

Albums Musique Celtique Traditionnelle - 1

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LA BELLE ENCHANTÉE (2016) - TRI YANN